ROME (AFP) – Des violences ont éclaté samedi à Rome où la police a chargé des manifestants, en marge du défilé des « indignés » qui a réuni des dizaines de milliers de personnes dans la capitale italienne lors de la première journée mondiale organisée par ce mouvement.
Sous les slogans « Peuples du monde, levez-vous » ou « Descends dans la rue, crée un nouveau monde », les « indignés » avaient appelé à manifester dans 951 villes de 82 pays, selon le site 15october.net, contre la précarité liée à la crise et le pouvoir de la finance.
Dans le centre de Rome, la police a chargé alors que des centaines d’éléments incontrôlés, masqués de foulards noirs, lançaient fumigènes, cocktails Molotov et bouteilles contre les forces de l’ordre.
D’autres éléments ont mis le feu à une annexe du ministère de la Défense. Des flammes s’échappaient du bâtiment autour duquel se trouvaient en milieu d’après-midi une centaine d’inconnus cagoulés de noir qui ont mis le feu également à deux voitures.
Pendant ce temps des dizaines de milliers de personnes manifestaient pacifiquement, brandissant des pancartes « Une seule solution, la Révolution! », « Nous ne sommes pas des biens dans les mains des banquiers ».
A Londres, où des heurts mineurs avec la police se sont produits à la mi-journée, 800 « indignés » se sont rassemblés dans la City et ont reçu le renfort inopiné du fondateur de Wikileaks Julian Assange.
L’arrivée d’Assange, qui est en liberté conditionnelle dans un manoir près de Londres en attendant une éventuelle extradition vers la Suède où il est poursuivi pour viol, a suscité des cris de joie.
« Nous soutenons ce qui se passe ici parce que le système bancaire à Londres est le bénéficiaire d’argent issu de la corruption », a lancé le fondateur de WikiLeaks sur les marches de la cathédrale Saint-Paul, où étaient massés les manifestants.
« Je suis venu par solidarité avec les mouvements qui se déroulent dans le monde entier », confiait Ben Walker, un enseignant de 33 ans. « Nous voulons qu’il y ait un peu de justice dans le système financier mondialisé ».
Les « indignés » ont reçu aussi le soutien du gouverneur de la Banque d’Italie, Mario Draghi, qui doit prendre la tête le mois prochain de la Banque centrale européenne.
« Les jeunes ont raison d’être indignés », a déclaré M. Draghi à des journalistes italiens en marge de la réunion du G20 à Paris. « Ils sont en colère contre le monde de la finance. Je les comprends », a déclaré cet économiste de 64 ans.
Cinq mois après l’apparition du mouvement, le 15 mai à Madrid, les « indignés » ou d’autres groupes comme « Occupy Wall Street » ont ciblé tout particulièrement de hauts lieux de la finance mondiale, comme le quartier des affaires de New York, la City de Londres ou la BCE à Francfort, devant laquelle 5.000 à 6.000 personnes se sont rassemblées.
« D’Amérique jusqu’en Asie, d’Afrique à l’Europe, les peuples se lèvent pour revendiquer leurs droits et réclamer une vraie démocratie », affirme le manifeste du 15 octobre. « Les puissances travaillent pour le bénéfice de quelques uns, ignorant la volonté de la grande majorité. Cette situation intolérable doit cesser ».
A Madrid, cinq colonnes sont parties des quartiers périphériques pour refaire le chemin jusqu’à la Puerta del Sol, la place emblématique qu’ils avaient occupée pendant un mois au printemps.
« Le problème, c’est la crise, révolte-toi », proclamait une grande banderole en tête de la marche partie de Leganes, à une quinzaine de kilomètres au sud de Madrid. Une autre portait l’un des mots d’ordre favoris des « indignés » espagnols: « Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir ».
A New York, le mouvement « Occupy Wall Street », qui s’est nourri aux Etats-Unis du chômage des jeunes et de l’accroissement des inégalités, et occupe un parc depuis le 17 septembre, a appelé à un rassemblement à Times Square.
L’extension du mouvement « démontre qu’il s’agit d’une question qui ne concerne pas seulement l’Espagne mais le monde entier car la crise est mondiale, les marchés agissent à l’échelle globale », soulignait Jon Aguirre Such, un porte-parole des « indignés » en Espagne.
En Europe, les « indignés » sont descendus dans les rues un peu partout. Aux Pays-Bas, un millier de manifestants se sont rassemblés à La Haye, autant sur la place de la Bourse à Amsterdam, et un millier encore sur la Paradeplatz à Zurich, place emblématique de la finance suisse.