S’ils prônent l’enfouissement définitif des déchets, à l’exception de ceux contenant du mercure, les experts chargés du devenir de Stocamine reconnaissent que les incertitudes sont nombreuses.
Comme L’Alsace le révélait dès mercredi, les experts du Comité de pilotage chargés d’éclairer la Clis (Commission locale d’information et de surveillance) ont rendu une copie qui penche pour un enfouissement de la quasi-totalité des déchets de Stocamine, à l’exception des produits mercuriels (autour de 2000 tonnes). Auxquels pourraient s’ajouter d’autres polluants, tel l’antimoine, qui doivent faire l’objet d’analyses complémentaires.
Ces conclusions, le président du Copil, Pierre Berest, les a présentées, hier matin, lors d’une réunion de la Clis qui a duré deux heures et demie dans la salle Grassegert à Wittelsheim. Une réunion qui a été marquée par la présence d’un comité d’accueil d’une soixantaine de membres du collectif Destocamine qui, dans le calme, a remis à la sous-préfète de Thann, Anne Laparre-Lacassagne, un « chèque » représentant les 12 403 signatures demandant le déstockage complet des déchets.
De déstockage total, il n’y aura pas à Stocamine. La majorité des membres du Copil a considéré que cette option était trop risquée, tant pour le personnel qui devrait y travailler que pour l’environnement. Pour dix des treize experts, « la pose de scellements efficaces, après retrait sélectif du mercure, et la mise en place d’une surveillance, constituent le meilleur compromis pour la mise en œuvre de la fermeture de Stocamine ». Seuls les experts suisses ont émis un avis divergent, considérant que « le retrait le plus complet possible est la bonne solution ». Marcos Buser, spécialiste du déstockage, a répété devant la Clis que « le Copil considère que le déstockage est possible avec des mesures de gestion des risques et de protection des travailleurs. S’il y a retrait partiel et scellements, se posera la question de la surveillance. La probabilité, alors, qu’on se trompe est très élevée », a estimé l’expert suisse, pronant « une gestion durable des déchets, ce qui n’a pas été fait à Stocamine ».
Pose de scellements, retrait du mercure et surveillance sont les trois piliers des conclusions du Copil dont Pierre Berest a rappelé la philosophie : « poser le problème de façon suffisamment claire et complète pour que les citoyens et les autorités disposent des éléments techniques qui permettent de choisir une solution raisonnée ».
Le Copil évoquant souvent des hypothèses probables plus que des certitudes, les partisans du déstockage n’ont pas manqué de faire entendre leur voix. « Quelle que soit la solution technique d’enfouissement », Étienne Chamick, porte-parole du collectif Destocamine, a « retenu que la nappe sera polluée ». Maurice Haffner (CGT) a aussi émis « des doutes quand à la surveillance, au vu des conditions de création et d’exploitation de Stocamine ». « Il y a des risques pour déstocker ? Commençons à sortir ce qui est facilement accessible et au fur et à mesure, sera établi le mode opératoire », a défendu l’ancien délégué mineur du jour.
« Il y a trop d’incertitudes pour se permettre de laisser au fond », a renchéri Jean-Paul Barberot, représentant d’Alsace Nature, ajoutant que « la nappe phréatique est déjà polluée, une pollution faible pour chaque produit mais une accumulation ». « Or, elle ne peut en accepter plus », a-t-il défendu, Pierre Berest précisant dans son rapport que « les risques de pollution de la nappe, dans l’hypothèse d’un enfouissement, ne concerne pas la nappe phréatique d’Alsace, de Mulhouse à Francfort, comme on a pu le dire, mais un panache d’une longueur de quelques kilomètres en aval des puits par lesquels sortiraient les polluants ».
Rappelant la position de la CFDT — « le déstockage sans condition »- Jean-Pierre Hecht, délégué du personnel de Stocamine, a souligné que « personne ne s’est ému de nos conditions de travail lorsqu’il s’est agi, en 2001 d’abord puis en 2007, de ressortir et de déplacer des déchets ». « Laisser au fond serait criminel. Il faut commencer par déplacer ce qui est accessible », a défendu l’élu CFDT, demandant une rapide mise en route du processus. Sur ce point au moins, Alain Rollet est d’accord : le PDG de Stocamine entend ne pas traîner. C’est, en effet, à lui qu’incombera la décision finale, à travers le dossier de fermeture qu’il entend déposer en septembre.